A la recherche des larves de moustiques, vers la piste de Saint-Elie
Ce vendredi 9 mars 2007, nous avons quitté Javouhey. Des élèves de deux classes de cinquième se sont rendus sur un des sites du programme EREMIBA [Environnement et (Ré- ) émergence de Maladies Infectieuses dans le Bassin Amazonien] .
En octobre dernier, 8 élèves de cinquième, avaient gagné un concours dans le cadre de la semaine de la science. Un des cadeaux était la visite d’un site de recherche, pour toute une classe.
Nous avons pris la route, direction Sinnamary, plus précisément vers la piste de Saint-Elie.
C’est en effet là, en pleine nature, que ce font des recherches sur les maladies liées aux moustiques.
En chemin, à Iracoubo, nous avons fait une petite pause restauration et avec les gendarmes. Je m’explique : depuis plus de deux mois les contrôles d’identité ont repris sur le pont d’Iracoubo, mais seulement dans le sens Saint-Laurent vers Cayenne. Je dis bien reprendre car ils avaient cours régulièrement dans les deux sens à cet endroit il y a quelques années, et puis plus rien.

Bref, on a continué notre route, puis un peu avant Sinnamary on a tourné à droite en direction de la Piste de Saint-Elie. Au carrefour nous attendaient nos deux intervenants M. Ruffine et M. Bron, qui nous ont guidés jusqu’au début d’un sentier en forêt. Ce sont des techniciens de recherche, affectés au Centre IRD de Cayenne, et qui appartiennent à l’Unité Mixte de Recherche 2724, associant l’Institut de Recherche pour le Développement et le Centre National de la Recherche Scientifique, et intitulée Génétique et Evolution des Maladies Infectieuses.
Ce bout de route a été refait il y a deux ans, et c’est en tout confort que l’on atteint le point de départ de notre petite marche en forêt...sur les traces des larves d’insectes potentiellement vecteurs de maladies humaines.
Après à peine cinq minutes de marche, nous tombons sur un ancien bassin de décantation, pour des eaux de ruissellement. A qui était destinée cette eau ? Ce sont des pédologues qui ont installé ce dispositif pour étudier les effets du ruissellement de l’eau de pluie sur la structure d’un sol dénudé.

Et enfin, nous voici à notre première fosse. M. Ruffine et M. Bron nous expliquent alors la base de leur travail. Cette fosse est un trou d’une trentaine de centimètres de profondeur et de forme carré (environ 1m50 de côté). Des petites plaquettes y trempent attachées à un fil, afin de permettre une agitation naturelle de l’eau, et éviter ainsi la stagnation et le manque d’oxygène.

On y trouve des larves de moustiques (les élèves ont pu en prélever avec une petite épuisette), mais bien sûr aussi d’autres espèces animales dont pas mal de têtards. Il existe quatre stades larvaires pour les moustiques, intitulés L1, L2, L3, L4. Les larves L4 sont récupérées et placées dans des piluliers contenant de l’alcool pour notre expédition, mais généralement nos deux techniciens, en compagnie de leurs collègues de l’Institut Pasteur de Guyane, les mettent dans de l’eau pour ensuite de retour au laboratoire attendre l’émergence des adultes dans des dispositifs nommés éclosoirs.
L’identification des espèces de moustiques peut alors se faire !
Ce site de recherche comporte six fosses, réparties dans des endroits avec des couvertures végétales allant de 0 à 100%.
Un prototype d’un appareil très simple à utiliser, nous a permis d’évaluer l’importance de cette couverture végétale. Il s’agit d’’un tube de 5 cm de diamètre pour environ 30 cm de long. A l’aide d’un fil à pêche, un quadrillage fin et régulier, permet en regardant vers les cimes, d’évaluer le pourcentage de carrés « occupés » par des feuilles...et ainsi leur étendue relative.
Démonstration
Justin en action
Ce programme de recherche à pour but de trouver une forme de moustique, Anopheles darlingi, qui vivrait en haut des arbres et qui serait vectrice du paludisme.
Des études menées au Brésil et au Pérou ont permis de mettre en relation la déforestation et la prolifération de ce moustique, Anopheles darlingi, le vecteur principal du paludisme en Amérique du Sud.
Depuis un an sur ce site, on expérimente la « réaction des moustiques » face au défrichement.
Aussi collaborent à cette recherche des botanistes. Des premières observations montrerait que certaines essences d’arbres seraient naturellement répulsives pour les moustiques.
Il existe actuellement d’autres sites de ce genre : un à Macouria, l’autre à Cacao, un autre enfin à Rochambeau. Plus tard, il y a en aura un à Roura. Ce projet s’étale sur au moins 3 ans, et est financé par l’Agence Nationale de La Recherche.
Nous avons repris ensuite le sentier pour les deux autres fosses, dans un ancien verger où l’on peut encore cueillir des pamplemousses.
à la pêche aux larves de moustiques
Là , une fosse à 20% de couverture forestière n’a rien donnée, mais on y trouvait beaucoup de têtards. Sachant qu’ils mangent toutes sortes de petits animaux lorsqu’ils sont à un stade avancé de leur maturation, ceci expliquerait sans doute cela.
Les élèves ont pu encore prélever, des larves de moustiques à l’aide de petites épuisettes.
Nous avons continué notre chemin, et terminé une boucle, qui nous a ramené à notre point de départ, là où stationnait notre bus.
En remontant un peu la route, nous avons pris ensuite un autre sentier pour atteindre les carbets de l’IRD.
observations à l’aide de loupes binoculaires
Ce fut la pause déjeuner et nous avons aussi utilisé des loupes binoculaires. Les élèves ont pu prélever les larves récoltées, les observer à la loupe et même les photographier avec un appareil numérique.
Une larve de moustique observée à la loupe binoculaire
M. Ruffine et M. Bron on patiemment répondu à leurs questions, avant de nous laisser en début d’après midi, nous avons alors rangé tranquillement notre matériel et repris la route pour Javouhey (on a aussi rapporté au collège des larves prélevées dans les fosses...et on suivra leur transformation).
Les élèves ont vraiment apprécié cette visite, et les accompagnateurs aussi.
Un résumé leur a été demandé afin de voir ce qu’ils avaient bien assimilé lors de cette journée de découverte. Les personnels scientifiques ont même proposé de venir faire un exposé oral sur leur recherche en avril à Javouhey.
Avec les plus motivés, on réalisera aussi un poster sur cette visite.
BELROSE Odile
Relecture par M. RUFFINE, de l’Institut de Recherche et de Développement de Cayenne
UMR IRD-CNRS Génétique et Evolution des maladies infectueuses .
14 mars 2007
